Dernière ligne droite avant le retour…

15 jours sont passés depuis notre dernier post et nous avons eu beaucoup de réactions et de mots de votre part à tous. Nous voulions vous en remercier du fond du coeur… De beaux échanges, une bienveillance qui, même si elle nous a parfois mis la larme à l’oeil nous a fait beaucoup de bien… Certains d’entre vous nous suivant en « secret » depuis longtemps ont décidé cette fois de prendre le clavier, d’autres que nous ne connaissons pas nous ont invité pour un apéro chez eux du côté de Pau… C’est assez génial quand même! Merci! Merci à tous… 🙂 Vous avez connu l’avant, nous avez suivi pendant, il y aura bientôt l’après… Le retour tant redouté par tous ceux dont le rêve se termine quelqu’en soit la raison… A ce stade néanmoins nous n’en sommes pas encore là, pas tout à fait… Appelons plutôt cet instant « l’intermédiaire »…

Nous sommes à J-5 avant la remise des clés de Cataja et notre envol vers la France… Je suis allongée là dans mon lit avec mon doudou à mes côtés dormant paisiblement et mes garçons dans leur cabine, leur espace, leur cabane… Je ressens en un instant le manque … Nous sommes pourtant encore à bord… Mais déjà je me demande comment vont être les nuits à terre quand cela ne bougera plus et quand nous n’aurons plus les oiseaux et la vue sur l’océan à perte de vue au réveil… Là, je suis bercée par la respiration de l’océan, et elle est calme ce soir comme souvent… Tout n’est que petits bruits habituels autour de moi… Tout d’abord la mélodie lointaine de cette musique créole qui nous accompagne chaque vendredi soir… Un vendredi dansant pour tous ces vacanciers venus chercher un peu de chaleur et d’exotisme dans les îles… Il y a aussi ce doux bruit de ressac sur la plage… J’entends les crépitements sous la coque de Cataja, toute cette vie aquatique qui le soir venu se fait entendre… Je vois les étoiles à travers le hublot au dessus de ma tête… Je m’endors vraiment chaque soir à la belle étoile… La lune qui était pleine il y a peu éclaire encore le mouillage… Je sens le souffle du vent à travers les hublots, ce petit air que nous trouvons frais en cette saison… Il fait pourtant 21 degrés au coucher et nous sommes bien sous notre plaid car « il fait froid »… Je crois que bientôt nous allons comprendre la définition du mot froid!! 🙂 Presque 5 ans dans les îles, je pense que l’on peut parler de tropicalisation! Je me souviens lors de notre premier passage à St Barth alors que nous venions de rencontrer un couple de lecteurs devenus depuis des amis, avoir ri quand lui nous disait ne pas vouloir se baigner, l’eau étant trop froide… 26 degrés excusez moi!! Pour nous qui arrivions de l’autre côté de l’Atlantique, c’était un bain… Et de préciser que le soir il mettait « sa petite laine »… Mais comme t’avais raison !!! Je ne pensais pas dire un jour qu’à 26 degrés « brrrr elle est fraichouille l’eau quand même!! » 🙂

Oui je sais on s’habitue à tout et ici ou ailleurs on s’y fera… On s’est bien habitué aux 30 degrés toute l’année et au maillot, ça n’a pas été facile croyez moi et ça n’est pas donné à tout le monde!! Hihi! Il n’empêche pour le moment, ce sont des bribes de vie qui me reviennent, des ressentis puissance 10 et une sacrée pression quant au retour à la vie « réelle ou normale », appelez ça comme vous voudrez! Oui, car il fallait bien revenir à cette vie à un moment donné, on nous la assez dit… On en a bien profité, non?! Si vous saviez…

Alors après avoir tout envoyé baladé en 2013, on fait le chemin inverse…

Et ce n’est pas triste!! Bon déjà les cartons! Antoine d’ailleurs sur ce coup là, la jouer finement je dois dire… Monsieur avait un voyage d’affaires à Paris pile au moment de l’emballage, oui oui!! Bon, heureusement pour lui on ne pouvait pas se douter au moment des prises de rendez-vous que nous aurions vendu Cataja et que nous aurions tout à faire en si peu de temps!! Il ne pouvait pas non plus savoir que son petit fiston allait refiler à sa moman d’amour sa grippe et la clouer au lit plusieurs jours, lui faire perdre 2 kilos, la rendre livide et quelque peu vulnérable! Le voilà donc parti et moi à l’agonie… Quoi j’en rajoute?! Nan même pas! J’ai bravé les courbatures, la toux et la fatigue pour faire ces fichus cartons!! Mais attention, pour limiter les coûts de ce retour qui il faut bien le dire nous file le tourni et nous met en stress financier en plus du reste, nous devons nous limiter à 300 kilos si on ne veut pas perdre un bras! Car après cela passe du simple au double côté tarif 😦 Nous les faisons rappatrier par avion sur les conseils de notre petite Lucie passée par là avant nous. Ainsi autour du 12 février nous aurons nos affaires plutôt que dans deux mois si nous avions opté pour le container comme prévu au départ… Plus économique mais plus long!

N’empêche, ils en ont de bonnes, comment on sait nous combien on a… En combien de kilos tiennent nos vies? Alors vas-y que je trie, je range, je vends, je donne, je jette… On fait le vide! Et on recommence inlassablement! Car on ne dirait pas comme ça mais on en entasse des choses à bord de nos destriers! On s’interroge, va-t-on s’en servir en France ou pas, est-ce que les enfants jouent encore avec ça ou ça? On prend ou on rachète là-bas? Allez les couettes on vire, elles ont prit le moisi dans les coursives et on en achète des neuves bien chaudes, merci Amazon! Pareil pour les vêtements d’hiver, là on ne rachète pas, on achète tout court et ça n’est pas le même budget que les maillots! Et ça dure des jours où nous peinons à circuler à bord de Cataja et où on réfléchit à ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas. Pendant ce temps le doudou a pu profiter de son séjour à Paris pour trouver le véhicule familial qui va pouvoir prendre soin de la tribu dès notre arrivée sur le sol métropolitain! Après des dizaines de garages d’occasions parcourus et des échanges skype pour me montrer les bolides, c’est fait nous avons notre Picasso!

Sinon au programme pour nous occuper :

Nous faire connaître des services des eaux et de l’électricité… Remplissez le dossier et renvoyez le moi par mail… Et quel est votre index? Avez-vous un numéro de compteur? Avez-vous le dernier relevé? Le dernier locataire s’appelait comment? Hein euh non, non et je ne sais pas … Dans l’appartement le compteur est-il individuel ou collectif?! Combien de watts allez-vous utiliser? 6000, 9000? Euh comment dire, elle me parle chinois ou quoi?! Hein?!… Je peux pleurer tout de suite ou je dois attendre?! Si je lui dis à la dame du téléphone que nous revenons de 5 ans de voyage en bateau, que nous étions totalement autonome en eau, en électricité et que nous n’avions plus à nous soucier de ce genre de chose, elle va me laisser tranquille?… Bon déjà elle ne va pas comprendre qu’on vienne dans ce si petit village de 700 habitants, puis elle sera à mille lieux de comprendre de quoi je lui parle… Alors si je dis à la petite dame que j’ai d’abord trouvé une première location qui sur le papier nous convenait parfaitement, que la maison avait un charme fou et que nous avions même dit oui à sa propriétaire si sympa mais qu’en pleine nuit je me suis réveillée en ayant l’impression d’étouffer tant le fait d’être en centre ville m’est apparu impossible, mon souffle était comme coupé… Elle va se dire que je ne dois pas tourner rond, non?!  Elle ne comprendrait sûrement pas non plus que le fait qu’il n’y aie pas un horizon, une vue à regarder, à apprécier si ce n’est celle de la maison d’en face vide de tout occupant qui plus est, ne nous convienne pas… Que tout ce gris, ce béton, ce manque de verdure ça va nous filer le bourdon…

Mais si je lui explique que j’ai finalement  trouvé notre location sur le boncoin, en me basant sur les quelques 7 photos pour savoir si les lieux allaient pouvoir accueillir la tribu, que nous avons signé le bail sans même avoir visité le dit logement et que nous avons envoyé le premier loyer et le mois de caution sans avoir vu non plus le propriétaire, elle va me prendre pour une folle finie, nan? Et pourtant!! Difficile d’ailleurs dans ces conditions de répondre au questionnaire pour l’assurance habitation! Ben vui! Là encore… Avez vous une pièce de plus de 30 m2… Euh « joker »!!! Pourquoi, ça change quoi? Et bien on passe de 5 à 6 pièces alors… Ah? Ah ben non alors… Moins de 30 m2! Sur l’annonce il est écrit 5 pièces j’vais pas en rajouter!! Avez-vous un garage? Oui! Ça c’est écrit sur l’annonce, c’est facile! Oui mais elle m’a tendu un piège la demoiselle, c’est qu’elle est joueuse!! De quelle superficie diriez vous? Hein? Re « joker »… 10 à 15 m2 pour une voiture, 15 à 20 pour 2 voitures, 20 à… Stop hoho calme toi! La première réponse Jean Pierre!!!  Réponse A! Pfff c’est que c’est pire que les jeux télévisés c’t’histoire!! Suis en sueur moi à force, plus le questionnaire avance plus je me demande à combien va s’élever la facture!!!  N’empêche toutes mes interlocutrices ont vraiment dû se demander si je savais où j’allais habiter! Disons que je sais que nous allons avoir un appartement de quelques 105 m2 dans une ferme rénovée en petite résidence entourée de champs… Du vert!!! Oh oui, au moins ça!!

Donc, les cartons j’en ai parlé, Antoine a tout de même bien participé à son retour et usé de ses muscles pour la pesée de chacun d’eux, nous en sommes à 374 kilos! Tout y est et tout est parti!

Le reste va devoir rentrer dans les valises! La voiture aussi c’est fait, l’assurance c’est bon, l’eau et l’edf seront bientôt ouverts à notre nom, l’appartement c’est validé… Il reste l’école et c’est toujours aussi fastidieux! C’est juste le troisième établissement scolaire des garçons pour l’année… Tout ne se passe pas toujours comme on l’avait prévu… Ça devait être depuis des années, l’ANNÉE la plus stable possible pour que Malo passe sereinement son brevet… C’est la pire! Disons qu’ils auront tous les trois développé leur capacité d’adaptation et Malo en prime pourra repasser un brevet blanc puisque les dates ne sont pas les mêmes ici et en métropole! 🙂

Pacôme est donc inscrit dans l’unique école du village d’Arros de Nay où se trouve notre logement d’accueil et les grands iront au collège du village d’à côté à Nay.

L’assurance de Cataja est résiliée, nous avons beau vivre encore à bord, la radiation de pavillon et l’acte de vente étant signés, nous n’en sommes plus les responsables… Je vous dis pas le p’tit stress qu’on a!! On n’a pas intérêt à déraper sur un autre bateau!!

Notre voiture martiniquaise sera bientôt elle aussi entre les mains d’un bateau copain qui nous la rachète.

Je viens à bout des démarches à faire ici… En arrivant nous allons avoir besoin de nous trouver au moins des matelas, une table et des chaises, un canapé, quelques rangements, de la vaisselle, un frigo et des plaques… Nous allons avoir un appartement épuré! Est-ce toujours à la mode???

Enfin, tout cela nous tient occupé, tant physiquement que psychologiquement… Nous n’avons ainsi pas (trop) le temps de penser et de réaliser ce qui se passe en ce moment et le virage à 180 degrés que nous nous apprêtons à prendre… Les garcons profitent des derniers instants avec les amis…

Parfois nous sommes tout excités à l’idée de toutes les nouvelles découvertes que nous allons faire et à l’idée de revoir tous nos amis de bateaux eux aussi rentrés, nos familles, les amis de notre vie d’avant… Et parfois nous avons le coeur serré et lourd, le ventre noué, la boule dans la gorge… On nous demande si on est heureux de notre choix?… Je ne crois pas que ce soit le terme approprié… Nous avons fait un choix raisonnable en partie pour nos enfants, mais nous avons déjà dans un coin de nos têtes de nouveaux horizons, pays, continents que nous voulons découvrir… Après avoir vécu cette odyssée, nous ne voyons plus la vie autrement qu’en mouvement… Il nous reste à savoir quand, comment et avec quels moyens de transport… Mais ça l’avenir nous le dira! 🙂

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