Enfin… la fin du convoyage!

Après l’arrivée de mon doudou et de ses équipiers le jeudi 24 janvier à la Grande Motte (pour mon plus grand plaisir), nous avions prévu de laisser Cataja à quai jusqu’au week end, le temps que le mistral veuille bien nous laisser passer!

Malheureusement ou heureusement, nous avons dû rester pendant finalement 11 jours à quai… jusqu’à ce qu’une fenêtre météo nous permette de partir… Nous avons pu pendant ce temps nettoyer et ranger Cataja, y faire un premier apéro avec quelques amis, y déguster une fabuleuse galette, et y faire un premier repas à bord en famille!

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Les garçons en ont profité pour prendre possession de leur chambre et trouver tout un tas de cachettes pour jouer à cache-cache, Pacôme n’étant pas le dernier à jouer:)

C’est après un bon petit repas, qu’Antoine et Piéric ont passé la nuit à bord pour pouvoir prendre la mer dès le lendemain, mardi 5 février à 5h du matin… 50 mile plus loin, Martigues, destination finale.

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La navigation s’est passée sans encombre, avec un vent allant jusqu’à 30 nœuds, dans le dos, et une pointe à 15,3 nœuds. Quelques rencontres un tout petit peu impressionnantes vue d’en bas!:) Je crois que mon homme a apprécié faire cette nav avec un ami tel que Piéric, qui nous l’espérons aura apprécié tout autant…

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Leur 6 heures de joyeuse navigation auront fini avec un amarrage plus que galère! La faute au mistral poussant le bateau dans le chenal, à la capitainerie incapable de leur envoyer une personne pour les aider à apponter à une place à plus de 2 mètres du quai une fois amarré avec bouée! Seul moyen de se rendre à terre… une sorte de barquette minuscule… autant dire qu’avec les enfants cela s’annonce sportif!

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Notre place est certes moins chère que la plupart des places à quai du coin, mais nous avons compris pourquoi en la voyant! 😦 Nous pensions pouvoir déposer au fur et à mesure nos affaires et passer quelques we à bord, mais je crois que cela sera retardé… Le seul avantage est qu’au moins nous sommes sûrs qu’aucun curieux ne montera à bord! Nous le laisserons donc jusqu’au carénage prévu en mars, et essayerons de le déplacer vers la Grande Motte à compter de mi-avril…

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A suivre…

Enfin… le convoyage!! vu par Eurielle de l’extérieur…

Nous y voilà… au matin de ce jeudi 10 janvier 2013, nous finissons les valises qu’Antoine emmènera avec lui. Vêtements chauds, de quart, gilets de sauvetage tout neufs, lampes frontales, papiers… tout est bon! C’est avec un pincement au cœur que je dépose mon doudou et Florian à l’aéroport, à l’arrêt minute s’il vous plaît, hors de question de m’attarder et de pleurer plus que ce n’est déjà le cas à peine remontée dans la voiture… j’ai fait bonne figure devant lui, mais mon doudou n’est pas dupe!:)

Je me demande à ce moment précis pourquoi nous avons choisi un bateau si loin de chez nous! 🙂 Sans cela mon doudou n’aurait pas eu à être loin de nous et les choses auraient été plus simples. Je n’aurai pas toutes ces images en tête, ni toutes ces questions quant au bon déroulement du voyage. Mais bon, c’est fait, c’est signé, nous sommes heureux de l’avoir fait, et je rêve du moment où nous serons en famille à bord, alors je pense aux côtés positifs qu’Antoine va pouvoir retirer de cette expérience, à ce que cela va nous apporter pour notre voyage futur… C’est pour Antoine, l’occasion de vivre une aventure, dans notre aventure, en parallèle. Je me suis posée la question : aurais-je voulu être avec lui pour réaliser ce périple si l’occasion m’en avait été donné? Pour me retrouver moi-même, pour me réaliser, pour me surpasser, ou pour tout autre raison, mais la réponse est apparue clairement : non! 🙂

Je n’avais donc plus qu’à prendre mon mal en patience, et attendre l’arrivée de ma petite maman 3 jours après, venue m’aider au quotidien avec les loulous et je l’en remercie!:)

J’ai pendant ces 14 jours, attendu chaque jour un message, un appel, un signe:) quelque chose m’indiquant que tout allait bien, car nous avions beau avoir dit qu’Antoine m’enverrait chaque jour un sms à midi et un vers 22h, pour me communiquer leur position et m’assurer que tout va bien… Que nenni!! Monsieur doudou était trop occupé en tête à tête avec son seau:) ou affairé à d’autres activités sur le bateau pour penser à m’envoyer Le message! Car je n’étais pas la seule à attendre des nouvelles, ma mission (et je l’ai accepté:) ) était de relayer l’info aux mamans, femmes ou compagnes de ces messieurs!

Leur progression fut très rapide les premiers jours et je me suis prise à penser qu’ils seraient rentrés bien plus vite que prévu, d’où un sentiment de joie… malheureusement après un début favorable, une fois passé Gibraltar, cela ne fut plus la même chose, et les nuits aux ports passées à attendre que le vent veuille bien les laisser passer furent difficiles… les savoir si près et en même temps si loin, fut très frustrant!

Pour les enfants aussi, ils attendaient tous leur papa avec impatience et chacun avaient ses questions adaptées à leur âge… Maman, es-tu sûre qu’il n’y a pas d’orage? que les vagues ne sont pas trop grosses?… eh maman, papa il a vu des dauphins?… où papa à moi? papa pas bouzou à moi? … à chaque sortie de classe je les informais des nouvelles que j’avais pu recevoir et leur montrait les photos qu’Antoine parvenait à m’envoyer lorsqu’il y avait du réseau:)

Jusqu’à la veille de son arrivée, nous ne savions pas si il serait là jeudi ou vendredi, la météo n’étant toujours pas plus clémente… alors vous imaginer notre bonheur lorsque jeudi matin il nous a annoncé qu’il serait là vers 13h30 à la Grande Motte!:) La météo n’a pas permis d’aller plus loin et chacun avait envie de rentrer chez lui et retrouver les siens…

A 13h30 tapante, j’étais sur le quai à attendre, rejoint par la maman de Florian, aussi heureuse  de retrouver son fils que moi mon mari:) une journée magnifique, un ciel radieux, et… les voilà!! 14h00 mon doudou à la barre vient s’amarrer au ponton, barbu comme jamais, looké tel un homme sans femme pendant 15 jours:) il descendit de son bateau tel mon chevalier, me prit dans ses bras, me serra fort et m’embrassa en piquant… hihi excusez mon emportement!:) après quoi, là devant moi je regarde enfin Cataja, après en avoir tant entendu parler, l’avoir vu en photo encore et encore, il était là, fier devant moi… je me suis empressé de l’enjamber et de monter à bord! … Bon Antoine m’avait prévenu 15 jours avec 4 hommes à bord, je ne devais pas m’attendre à un miracle… j’étais préparé! Et je l’ai trouvé beau mon bateau!:) Beau de l’intérieur, superbe de l’extérieur, impressionnée tant par ses performances que par sa prestance:)

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Nous nous sommes vite affairés à nettoyer un peu Cataja, en prévision de sa visite par les enfants dès le lendemain! Il fallait que nos loulous le voient propre pour avoir une belle première impression! Nous avons donc astiqué 3 heures durant et le lendemain pour enfin présenter Cataja aux garçons après l’école. Toute la journée ils avaient à l’esprit qu’enfin ils allaient le voir:)

A peine arrivés à la maison avec leur mamie, ils ont d’abord découvert que leur papa était rentré, s’en suivirent de gros câlins et des mots d’amour…

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Puis, arrivés au bateau ils n’ont pas été déçus, ils ont pris possession de leurs chambres, sont montés sur les lits, regardés les sdb (chacun la sienne ça c’est top!), essayés le trampoline (ca va il rebondie bien!)… que du bonheur!

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Nous voilà réunis sur Cataja!! Notre bateau à nous!:)

Je garde de cette expérience vu de l’extérieur, que malgré le fait qu’avec Antoine, nous nous efforçons de regarder les choses objectivement et positivement, il y aura des moments qui ne seront pas toujours faciles à vivre… nous le savons. Je l’avais déjà à l’esprit mais j’ai pris conscience que cela ne sera pas forcément évident pour tous nos proches de s’adapter à notre changement de vie, de vivre avec cette crainte que l’on peut avoir, lorsque l’on sait l’autre en mer… nous sommes à 200 % dans ce projet, j’ai complètement adhéré à l’idée de cette nouvelle vie, et malgré toute cette énergie positive, je reconnais m’être inquiétée pour Antoine et ses équipiers, alors j’imagine pour les personnes extérieures à notre bulle! Ce convoyage m’aura donné une idée du départ et du fait d’être loin des êtres chers… Pour autant, nous ne pouvons faire autrement que réaliser ce projet, muri et pensé depuis tant d’années… Serais-ce l’appel du large??

Enfin… le convoyage!! vu par Antoine de l’intérieur…

Rétrospective d’un petit journal de bord tenu par mon doudou durant le convoyage…

Enfin le convoyage. Point de départ : Lorient, destination : Martigues.

1700 mile, soit 3100 km.

La météo annonce le vent du nord que nous attendions mais une houle de 4 à 5 mètres nous attend sur le parcours.

¨Les protagonistes ¨:

Moi-même : Antoine, heureux nouveau propriétaire de Cataja! 🙂

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Christophe : Ancien propriétaire du bateau qui a gentiment proposé de m’accompagner sur ce convoyage. C’est son galop d’adieu avant de prendre son futur bateau. Il est skipper professionnel. C’est un grand gaillard qui inspire la confiance et qui la mérite largement. C’est un bon vivant, il aime le beurre salé, le ti punch et l’eau salée. Ça a été un vrai plaisir de partager ces moments avec lui 🙂

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Florian alias le gamin : Jeune cinéaste de talent (System D prod 🙂 ) qui a accepté de venir s’enfermer sur un bateau avec moi alors qu’il n’a aucune expérience de la voile. C’est beau les amis 🙂 Il aime regarder des films, se coucher tard, se lever tard, les jeux de dé où il faut mentir et la terre ferme 🙂

Marc : Jeune retraité, ami de Christophe qui a accepté sur un coup de tête de nous accompagner. Et je l’en remercie. Marc ne sait pas mentir 🙂 dégage une certaine sérénité et accompagne volontiers Christophe dans la mise au point de ti punch délicieux.

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Jeudi 10 janvier 14h30 :

Christophe nous récupère à l’aéroport et nous emmène au bateau pour poser nos affaires. Des artisans s’affairent dessus. Le voilier, est en train de changer les aubants, le mécano fait la révision des moteurs et un autre finalise la mise en place du dessalinisateur. Notre bateau est transformé en une véritable fourmilière et je jongle de l’un à l’autre en tentant tant bien que mal de retenir leurs conseils avisés! Une fois les artisans partis, nous remettons le bateau en ordre, installons nos affaires et repartons pour faire les courses d’avitaillement. Ce n’est pas une mince affaire de prévoir 15 jours de repas pour 4 lascars qui ne se connaissent pas et qui ont des goûts différents. Le soir nous allons dîner dans le centre de Lorient et revenons nous coucher tôt au bateau exténué par une journée bien remplie.

Vendredi 11 janvier :

Rebelote! Courses, règlements des factures, préparation du bateau et récupération de Marc, notre quatrième équipier qui nous rejoint en fin d’après-midi. Après une énième prise de la météo, nous décidons finalement de partir dès samedi après-midi, malgré des vents contraires annoncés et une houle de 7 mètres! Je n’ai jamais pris la mer avec des conditions pareilles et ma Doudou manque de s’étouffer quand je lui annonce notre decision… Normalement ces mauvaises conditions ne devraient à priori pas persister, et la météo devrait devenir plus favorable dès dimanche pour nous permettre de traverser le terrible golfe de Gascogne… Je l’espère en tout cas fortement!

Samedi 12 janvier :

Après une nuit un peu froide qui ne m’a pas permis de recharger pleinement mes batteries, nous levons l’ancre à 11:50. La sortie du port de Lorient, se fait sous un ciel maussade. Quand on atteint l’île de Groie, la houle atlantique nous cueille de plein fouet avec de grosses lames de 6 à 7 mètres de haut qui heureusement ne déferlent pas. On monte, on descend, on monte, on descend et ainsi de suite. Le vent froid se fait bien sentir et nous rappelle que nous naviguons au près pour cette première partie du périple. Quand le soir arrive, je commence à sentir que mon corps ne comprend pas trop ce qui lui arrive. Et quand la nuit tombe, je n’arrive plus à garder mes repas dans mon estomac 😦 Le mal de mer me prend comme jamais. Je resterai les 48 prochaines heures cloué à ma couchette sans pourvoir bouger plus loin que les toilettes ou le premier seau venu! Je sais d’après mes nombreuses lectures sur le sujet que ce mal ne dure rarement plus de 2 ou 3 jours. Mais quand on est dedans, 2 ou 3 jours à rendre tout et plus encore, c’est très très long! L’équipage ne me verra donc pas très souvent pendant ces 2 premiers jours, et toujours accompagné de mon meilleur ami le seau.

Dimanche 13 janvier :

Nous avançons bien 🙂 Pendant mes rares apparitions, je me renseigne sur l’avancée et la météo. Tout va pour le mieux, je peux donc retourner me coucher! Et dans ma bannette… je me demande ce que je fais là 😦

Lundi 14 janvier :

Mon estomac semble avoir rendu tout ce qu’il avait à rendre et mes apparitions sur le pont deviennent de plus en plus longues. Nous sommes maintenant au milieu du golfe de Gascogne à plusieurs centaines de kilomètres des terres les plus proches. Je profite de mes premières apparitions de dauphins. Le sourire me revient petit à petit et je pense au plaisir que mes petits bonhommes auraient eu à partager ce moment magique 🙂 Chaque jour grâce à la magie de l’iridium, je reçois des nouvelles de ma doudou et des enfants. Et j’en donne quand mon estomac le permet.

Mardi 15 janvier :

Nous approchons des terres d’Espagne et du cap Finistère. Le plus dur du golfe de Gascogne est derrière nous. La houle est redescendue dans des proportions beaucoup plus acceptables et le vent nous pousse gentiment dans le bon sens. Enfin des navigations comme je les espérais. On se paye même le luxe de jouer au dé a un jeu que Florian nous enseigne, appelé Le Maya, rebaptisé pour l’occasion en Cataja. Cela sera notre jeu officiel pour les quelques jours à venir. J’ai bien emmené des livres pour occuper les journées de navigation, mais je ne suis pas encore suffisamment amariné pour les ouvrir! J’écoute les conseils de Christophe et tente de mémoriser tout ce à quoi il faudra penser pour faire tourner cet engin car ceux qui me connaissent savent à quel point je suis doué pour le bricolage… C’est donc une qualité qu’il va réellement falloir que je développe. Je suis donc tout ouïe quand Christophe prodigue ses conseils et je bois ses paroles comme la parole divine.

Mercredi 16 janvier :

Nous longeons la côté portugaise et avançons plus vite que nos estimations initiales. Le bateau file entre 8 et 15,6 nœuds qui restera le record de notre traversée. Je suis très agréablement surpris par les qualités de bon marcheur de Cataja. Dans chaque situation de navigation que nous rencontrons, je me demande comment ma doudou réagirait. Est-ce que telle ou telle situation serait gérable en équipage familiale…

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Jeudi 17 janvier :

Nous arrivons près de Gibraltar que nous passerons dans la nuit. Gibraltar constitue une zone de navigation sensible par lequel tout le trafic entre la méditerranée et l’atlantique transit. Et dans la masse des bateaux, nous ne faisons pas partie des plus gros. De véritables villes sur l’eau croisent notre route à plus de 20 nœuds quand nous n’en faisons que 7 ou 8. On espère vivement qu’il y a quelqu’un à leur vigie!

Nous approchons du goulot d’étranglement de Gibraltar à bonne vitesse de nuit. Ce n’est pas mon quart et je suis en train de somnoler dans ma cabine quand tout à coup, je sens le bateau faire de drôles de manœuvres, que l’on vire de bord de manière intempestive. Les voiles font résonner leurs claquements sourds jusque dans les coques. J’enfile ma tenue de quart, une paire de bottes et suis sur le pont. Tout le monde s’y affaire d’ailleurs. J’interroge Florian du regard qui winch le bout du génois. Il me dit que le génois est coupé en deux. Je deviens blême, sors la tête pour me rendre compte de la situation. Ouf! Je me rends compte que ce que Florian voulait dire, c’était que le génois s’était mis en soutien-gorge. La partie du haut s’est enroulé dans un sens et la partie du bas dans l’autre. Christophe est à la manœuvre et essaye de faire en sorte que le vent s’engouffre dans la voile dans le bon sens pour la démêler. Tout ça au milieu du rail des cargos, de nuit avec un vent et une mer qui forcie. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?… Nos manœuvres ne semblent pas porter leur fruit et je vois déjà le moment où nous devrons nous débarrasser de notre beau génois 😦 Nous décidons une manœuvre de la dernière chance. Je m’harnache au pied du mat et je descends la grande voile intégralement sous des trombes d’eau générées par les vagues que l’on reçoit de face. Florian vient me donner un coup de main. Moins bien équipé, il se fait doucher copieusement! Eurêka! La stratégie est payante. Le génois reprend sa configuration normal et nous reprenons notre route dans le détroit de Gibraltar où nous sommes littéralement aspiré par la méditerranée qui nous gratifie d’un fort courant positif. Nous gagnons 3 nœuds sur notre vitesse surface grâce au courant de la marée montante 🙂 Nous sommes au milieu du détroit. À bâbord les lumières de Gibraltar et de l’Europe. À tribord les lumières de Tanger et de l’Afrique. Ça fait quand même quelque chose de se retrouver pile entre 2 continents. Dommage qu’il fasse nuit. Ou c’est peut être mieux ainsi… le sujet n’aura pas été défloré avant de le refaire en famille 🙂

Vendredi 18 janvier :

De l’autre côté du détroit, le vent renforcé par l’effet venturi nous pousse encore plus fort dans la bonne direction. La nuit est douce, je prends mon quart. La nuit est sombre et la lune éclaire faiblement d’un timide croissant naissant. Je regarde la masse sombre et liquide qui nous entoure et me laisse aller à mes rêveries. Quand tout à coup je vois des traînées de planctons fluorescents qui fusent vers notre bateau comme si une torpille venait à notre rencontre. Je regarde de plus prêt intrigué et réalise que des dauphins nous accompagnent 🙂 Je joue à les éclairer avec ma lampe frontale, j’ai l’impression qu’ils prennent goût à ce jeu, ils m’accompagneront pendant toute l’heure de mon quart. Ce seront les derniers dauphins que nous verrons du périple. La méditerranée n’étant pas été aussi généreuse en rencontre de ce genre que ne l’aura été l’atlantique.

La journée, la météo devient de moins en moins maniable. Le vent est fort et une houle inhabituellement forte en méditerranée nous oblige à trouver un abri à Almeria en Espagne. Cette halte mettra un point d’arrêt à notre progression fulgurante. Nous nous imaginions déjà arriver en moins de 10 jours alors que nous en avions prévu 15, mais la météo en aura décidé autrement.

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Samedi 19 janvier:

La météo ne nous permet toujours pas de reprendre la mer et quand on voit ce qui nous attend plus au nord on se dit qu’il va falloir jongler avec les fenêtres météo. Aujourd’hui Christophe en profite pour me donner quelques conseils en mécanique et me montre les gestes qu’il faut avoir pour bien entretenir son moteur. Florian vadrouille en ville et profite des soldes espagnoles. Après consultation de la météo, nous avons une petite fenêtre météo entre un coup de vent qui vient du sud et un autre du nord, on devrait pouvoir partir demain pour tenter d’approcher le fameux cap Creus et la frontière française. L’incertitude de la météo nous dicte de rester le long des côtes pour éviter la houle qui fait rage au large.

Dimanche 20 janvier :

Après une nuit à tirer sur nos amarres par un vent de près de 40 nœuds dans le port, nous préparons le bateau pour le départ. Christophe et Marc qui dormaient côté quai ont une petite mine. Ils ont entendu les cordages grincer toute la nuit. Avant le départ nous faisons un rapide tour du bateau et constatons qu’une poulie est endommagée. En voulant la changer, nous constatons que le bout en métal de la baume sur lequel est accrochée la grand-voile est littéralement déchiré sur prêt de 15 centimètres. Cela a dû arriver pendant un empannage intempestif avant notre arrivée à Almeria. Nous renforçons tout cela avec un bout de rabe et décidons de prendre le premier ris dans la grand-voile pour ne pas forcer sur la réparation. Nous appareillons enfin. En milieu d’après-midi. La météo en méditerranée est décidément très curieuse. Nous naviguons au moteur car le vent est aux abonnés absents. La mer est belle, il fait beau, Christophe fait la sieste et Marc, Florian et moi nous adonnons à nos occupations dans le carré. L’anémomètre continue de nous annoncer un triste 5 nœud de vent. Tout à coup je lève la tête de mon iPad, jette un œil distrait à l’anémo et le voit qui monte, 10, 15, 20 puis 25 nœuds de vent en l’espace d’une minute. Branle-bas de combat, tout le monde sur le pont pour adapter les voiles à ce brusque changement de vent. Il restera soutenu toute la nuit.

Lundi 21 janvier et mardi 22 janvier :

Nous continuons notre progression, le vent reste soutenu dans les 20 à 25 nœuds, la houle est croisée et nous filons, grands voile sous un ris et génois dehors, à près de 10 nœuds. Quand une fois de plus l’homme invisible qui joue avec le ventilo géant qui nous propulse décide de nous faire une blague… après une forte secousse sur une vague plus grosse que les autres que nous pénétrons à pleine vitesse, il pousse le bouton off… le vent passe de 20 à 6 nœuds en 30 secondes sans qu’aucun signe extérieur ne vienne annoncer ce changement brusque!

Mercredi 23 janvier :

Nous nous réunissons autour de l’iPad pour la grand-messe de la météo afin de voir ce qu’Eole nous réserve pour la journée. En fin de journée une barre de flèches rouges indiquant des vents à près de 50 nœuds nous barre la route sur la carte météo. Nous prenons donc la décision d’aller nous abriter à Blanes un peu au nord de Barcelone.

Après une petite sortie avec Florian, nous revenons au bateau pour nous reposer un peu. Le matin, Christophe me présente l’annexe et m’apprend ses petits secrets et comment gérer ses petits caprices. Une fois à l’eau et démarrée, je pars l’essayer et me régale de voir que les petits 15cv, marchent très très bien.

La preuve en image 🙂

http://youtu.be/SwHJNggYOCE

Avant notre départ nous allons manger au restaurant des pêcheurs qui nous sert des moules et des saumons délicieux. Nous voilà repu. Le plein de gasoil, le règlement de la nuit à la capitainerie et il est temps de partir.

La première partie de la navigation se passe sans encombre, au moteur à cause du vent qui se cache derrière les montagnes. Devant nous le cap Creus que nous passerons cette nuit et derrière le cap… La France!! 🙂 La réputation du cap Creus nous fait réduire les voiles d’avance pour éviter les mauvaises surprises. Bien nous en a pris. Plus nous approchons plus le vent et la mer forcissent. Le vent que nous avons dans le nez, dépasse maintenant les 30 nœuds. Les vagues de 2 mètres de face, sont cassantes et le bateau s’adonne aux montagnes russes. Malgré les moteurs et les voiles, nous peinons à dépasser les 3 nœuds dans des conditions éprouvantes pour le bateau et pour l’équipage. Le stresse monte. Après la casse subit lors de notre dernier coup de vent, je crains pour Cataja. Je suis seul à la barre. Je ne veux pas la quitter. Je sais que cette nuit je ne dormirai pas beaucoup. Christophe est parti se coucher, et franchement j’aurais bien aimé sa présence de professionnel rassurante à ce moment-là. Vers 23h, Marc me rejoint et sa présence sereine me fait un bien fou. Je regarde l’anémomètre s’affoler à chaque claque que les rafales nous infligent. 35, 36, 37 nœuds. Je sens Cataja grincer sous les coups de boutoirs des vagues et le vent qui hurle dans la mature. Chaque mètre se mérite. Nous voyons le phare du cap Creus. J’appréhende les vents derrière le cap Creus. Vont-ils débouler avec forces des Pyrénées?

Jeudi 24 janvier :

Il est 3 heures du matin. Je prends mon quart. Le cap Creus est derrière nous et nous naviguons dans les eaux françaises. Florian qui vient de me réveiller me dit qu’on essaye de nous contacter à la Vhf. Tout ensuqué je réponds tant bien que mal au monsieur des douanes qui nous demande qui on est, d’où on vient, où on va etc… Après l’interrogation surprise, je prends la relève de Florian, qui ne réapparaîtra pas avant midi. Il part se coucher gagné par le mal de mer. Le stress des conditions difficiles rencontrées me tiendra éveillé et je ne retournerai pas me coucher. Nous jouons avec la météo. Le vent s’est calmé en matinée mais il est annoncé un retour en tempête pour l’après-midi. La question est : jusqu’à quel port peut-on pousser sans prendre le risque de nous retrouver bloqué dans la tempête? Nous faisons un premier choix pour Port Leucate. Puis, gagné par l’optimisme nous pointons plus au nord vers le Cap d’Agde. Ce sera au final la Grande Motte prêt de la maison que nous atteindrons vers 14h. À l’arrivée ma doudou attend sur le quai avec la maman de Florian. Mon cœur bat la chamade. Je n’ai pas vu ma chérie pendant 14 jours. Et je ne me suis pas rasé non plus pendant 14 jours. Va-t- elle accepter de m’embrasser?… Je me reconcentre pour effectuer ma dernière manœuvre d’appontage que j’exécute avec brio devant le regard plein d’admiration de ma doudou. C’est bon d’être arrivé. La fin du convoyage se fera dans une semaine pour finaliser le périple jusqu’à Martigues.

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Notre état d’esprit à quelques jours du convoyage et les préparatifs…

Nous voici à une semaine du départ d’Antoine pour Lorient, 2 heures d’avion à partir de Montpellier, mission convoyage de Cataja jusqu’à Martigues en compagnie de Christophe, ancien propriétaire et skipper de notre nouveau bateau et Florian un ami bienveillant porté volontaire pour naviguer contre vents et marées avec Antoine!

Le départ est fixé au 12 janvier 2013, à plus ou moins quelques jours en fonction de la météo, Antoine arrivera le 10, afin de pouvoir faire l’avitaillement nécessaire à ces jours en mer et de s’amariner pour éviter tout vomitos intempestifs… même si nous nous doutons bien que cela va arriver au vue de la météo…

Car oui, ce convoyage ne s’annonce pour le moment pas comme une douce traversée tranquille… Cocculine, Nausicalm, sparadrap sur nombril, autant de trucs et astuces pour éviter d’être trop malade!

Pour rappel, il s’agit de traverser le Golfe de Gascogne, longer le Portugal, traverser le détroit de Gibraltar, longer l’Espagne, pour arriver finalement à Martigues, après environ 12 jours et 1700 mille soit 3100 km environ!

Nous avons à présent téléchargé une application sur Ipad nous permettant de suivre la météo à 8 jours, pour entre autre nous rassurer… surtout moi! Enfin tenter, car je dois bien l’avouer, je ne partage pas l’enthousiasme d’Antoine! Lui, voit ce convoyage comme une occasion unique de connaître Cataja sous toutes les coutures et dans des conditions difficiles en compagnie de l’ancien propriétaire,en toute sécurité, une très belle opportunité de se former et  connaître les limites de notre cata.

Moi, bien que mon côté rationnel me dise qu’Antoine a raison, je vois cela comme 15 jours sans mon homme, sans pouvoir vraiment le contacter et me rassurer… Nous avons bien acheté un téléphone Iridium d’occasion, mais au vue du prix des cartes de communication, il est évident que je ne pourrais blablater tous les jours avec mon doudou (oui j’ai oublié de vous préciser que nos surnoms à tous les deux sont Doudou:)

Nous avons tout de même convenu qu’il m’enverrait chaque jour à la même heure un sms pour me signaler leur position et m’indiquer que tout va bien.

A suivre…